EDITORIAL

La scientométrie. La science mesure tout, mais, peut-on mesurer la science?

N°3 - septembre 2020

Mains libres N°3 - septembre 2020

Auteur: Pr Walid Salem (DO ; PhD) Université Libre de Bruxelles, rédacteur associé de Mains Libres

Editorial

La scientométrie. La science mesure tout, mais, peut-on mesurer la science?

Nous vivons dans une ère où la Science domine et dominera. Elle deviendra la référence absolue par défaut et rythmera notre vie, si ce n’est pas déjà le cas. On entend ce mot par-tout et dans tous les médias. Être qualifié de « scientifique » est certainement un privilège. D’ailleurs on emploie ce terme dans toutes les formations éducatives universitaires ou non, sciences sociales, sciences économiques, sciences biomédicales, et même dans les sciences des religions...

Pour nuancer l’emploi parfois excessif du mot « Science », il faut revenir sur son étymologie, qui signifie en latin « connaissance ». Donc, la science comme les connaissances seront par défaut sans limite. Dès lors, comment peut-on qualifier des travaux de scientifiques ou non scientifique, puisque, dans les deux cas ils proposent des connaissances aux lecteurs ?

Pour répondre à cette question, il semble qu’il existe un indicateur intéressant, qui nous permet de distinguer entre un travail scientifique et non scientifique, c’est le verbe « croire » en français et « believe » en anglais. Pour illustrer cet indicateur, le généticien-philosophe Français Albert Jacquard dans son livre Petite philosophie à l’usage des non-philosophes, 1997 , nous donne une intéressante définition pédagogique : «...La démarche scientifique n’utilise pas le verbe croire ; la science se contente de proposer des modèles explicatifs provisoires de la réalité ; et elle est prête à les modifier dès qu’une information nouvelle apporte une contradiction.»

Cette démarche scientifique n’est en rien sacrée, elle n’est pas une idéologie, un modèle, ou les dire ou les écrits d’une personne ou d’une équipe, ni... Toute hypothèse doit être sou-mise aussi bien à sa validation qu’à son invalidation par une méthodologie vérifiable par tout le monde.

Grace à ce dénominateur commun, les chercheurs de différents domaines ont développé des recommandations méthodologiques de recherche spécifiques à leurs disciplines afin d’évaluer le niveau d’évidence des études et évaluer la recherche. De cette démarche introspective est issue la notion de « scientométrie » qui s’impose comme un outil très utile pour les chercheurs et les institutions de recherche, car elle permet de transformer des variables inobservables telles que la production et l’impact des travaux scientifiques en variables quantifiées et mesurables. Ainsi, la scientométrie offre un point de vue exceptionnel sur les éléments relationnels et contextuels de l’état de la connaissance. Elle nous permet en outre, de mieux comprendre les modes de production et de diffusion des connaissances savantes, et leur évolution dans le temps.

La scientométrie permet de quantifier la recherche scientifique à travers deux catégories d’indicateurs, selon le livre « Mesurer la Science » de deux spécialistes en Sciences de l’information, Vincient Larivière et Cassidy Sugimoto, édité par les presses de l’Université de Montréal, 2018 . Ils citent, d’une part, les indicateurs entrants (la production des connaissances par discipline) et d’autre part les indicateurs sortant (l’impact des connaissances sur les phénomènes qu’ils mesurent). L’évolution de ces deux indicateurs n’est pas linéaire ni symétrique. En d’autres mots, on peut produire beaucoup d’articles avec très peu d’impact, mais l’inverse est également vrai. Cependant si on ne produit rien l’impact sera nul !

Dans certains domaines où la culture d’une démarche scientifique n’est pas mature voire naïve, ce qui est le cas en ostéopathie, peu de chercheurs sont formés pour com-prendre la science dans son ensemble, en tant que système complexe, et pour nuancer les variations de production de connaissances et leur impact sur les différentes disciplines. Actuellement, la recherche moderne devient très pointue et nécessite une interdisciplinarité collaborative, qui est de plus en plus visible dans les bases de données modernes par l’indexation des différents départements ou instituts qui ont participé à la recherche.

Il existe plusieurs sites Internet d’index de publication utile pour construire les indicateurs entrant et sortant, mesurant la production, l’impact et la collaboration : MEDLINE qui est la Platform de la bibliothèque nationale de médecine des Etats-Unis (US National Librairy of Medicine). D’autres sources telles que Web of Science (WoS), Scopus et Google Scholar offrent également des données internationales complètes.

Dans ce contexte d’évolution de qualité, Mains Libre s’inscrit dans ce nouveau monde scientifique en évolution perpétuelle. Elle a pour vocation de diffuser une information scientifique de haute qualité à l’attention des praticiens. La rédaction de Mains Libre tient à remercier tous les membres du comité de lecture pour le temps, l’énergie et l’expertise qu’ils déploient afin d’améliorer encore et encore les articles.

Dans cette 3e édition 2020 de Mains Libres, nous vous pro-posons quatre articles originaux de qualité :

Le premier article est l’analyse biomécanique d’un test clinique, proposé par l’équipe d’Unité de Recherche et d’Enseignement en Ostéopathie (URSO), de l’Université Libre de Bruxelles. Rédigé en premier auteur, par Tiphaine Chollet et al., Etude des paramètres de la raideur lombaire lors de la poussée postéro-antérieure (spring test). Influence du genre et de la danse.

Le deuxième article, proposé aussi par l’équipe d’Unité de Recherche et d’Enseignement en Ostéopathie (URSO), de l’Université Libre de Bruxelles. Rédigé en premier auteur Marie-Alice Froidmont et al., et nous présentent un sujet également dans le domaine est d’analyse biomécanique du test clinique de Thomas : Etude comparative sur l’asymétrie de raideur des hanches lors du test de Thomas modifié entre sujets sains et lombalgiques.

Le troisième article, est une revue systématique de la littérature sur les effets d’une contention adhésive de la scapula chez l’athlète effectuant un sport overhead avec épaule douloureuse. Avec la participation de trois institutions suisse : l’Hôpital EHC à Morges, le Centre Médical des Bains d’Yverdon et la HESAV Haute Ecole de Santé Vaud. Rédigé en premier auteur par Olivia Pelet et al.

Le quatrième article, rédigé en premier auteur par Marie Glannaz et al., et nous présentent un sujet dans le domaine de la rééducation. Il s’agit de déterminer les Effets à court et à long terme d’un réentraînement à l’effort par intervalles sur la force musculaire des membres inférieurs après un accident vasculaire cérébral.

Bonne lecture.