LE COIN DES ÉTUDIANTS

Le rôle critique des croyances dans la prise en charge de douleurs musculosquelettiques

Beliefs about the body and pain : The critical role in musculoskeletal pain management.

N°3 - septembre 2020

Mains libres N°3 - septembre 2020

Article original : Beliefs about the body and pain : The critical rolein musculoskeletal pain management. Brazilian Journal of Physical Therapy. 20 juin 2020 ; Disponible sur : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S141335552030407X

Auteurs:

  • Caneiro JP,

  • Bunzli S,

  • O’Sullivan P.

BMJ Open 2015;5:e008155. doi: 10.1136/ bmjopen-2015-008155

Article résumé par:

  • Florence STEINER, Etudiante HES-SO Valais-Wallis, filière physiothérapie

Le rôle critique des croyances dans la prise en charge de douleurs musculosquelettiques

Beliefs about the body and pain: The critical role in musculoskeletal pain management.

Article résumé par Florence Steiner

Contexte

Les douleurs musculosquelettiques représentent une cause majeure d’invalidité dans le monde. Cette constatation aura probablement tendance à s’aggraver dans les années à venir, plaçant ainsi une importante charge sur les systèmes de santé.

Qu’est-ce qu’une croyance?

Une croyance décrit quelque chose qu’une personne tient pour vrai, une vérité qui dirige son comportement. À l’apparition d’une douleur, nous cherchons à donner du sens à notre expérience en créant une représentation de cette dernière. Cette représentation fait intervenir différentes croyances, formées au fil des expériences personnelles, mais aussi par le biais des médias, de l’éducation ou des professionnels de la santé. Ces représentations ainsi que notre ressenti au niveau émotionnel vont orienter notre réaction à la douleur, en nous faisant adopter un certain comportement. Selon le résultat obtenu par notre comportement, notre croyance sera jugée utile ou au contraire inutile et influencera nos comportements futurs.

Les croyances jouent un rôle important dans le passage des douleurs d’un niveau aigu à chronique. Par exemple, si la douleur est interprétée comme dangereuse, une peur de la douleur se développe, amenant à un comportement protecteur dit “d’évitement” (restriction de mouvement ou limitations des activités jugées dangereuses). S’il semble logique de vouloir éviter une activité douloureuse, à long terme ce comportement mène à une prolongation des douleurs et du handicap. De plus, ne pas pouvoir donner de sens à une expérience douloureuse génère une réponse émotionnelle négative. Par exemple, si, comme très fréquemment rencontré, un patient croit qu’une douleur est forcément liée à une lésion ou à un dysfonctionnement structurel, le diagnostic de “douleurs non-spécifiques” peut donner le sentiment au patient que l’on remet en cause la légitimité de ses douleurs (puisqu’elles ne sont pas liées à une pathologie structurelle identifiable).

Vers un changement dans les croyances et les comportements

La communication centrée sur le patient est au cœur même du processus de changement de croyances et de comportement car elle renforce l’alliance thérapeutique. Lors de l’anamnèse d’un patient, il sera intéressant de connaître la représentation qu’il a de ses symptômes ainsi que les com-portements et émotions en réponse à ces derniers.

Afin de confronter le patient à ses croyances ou pour mettre en lumière des croyances implicites qui n’ont pas été mentionnées lors de l’anamnèse, les auteurs recommandent de mettre le patient en situation concrète. Pour cela, le thérapeute choisit un mouvement, une posture ou une activité centrale à la problématique du patient. Il va ensuite le questionner sur ses croyances concernant la réalisation et/ou les conséquences de cette tâche. Alors que le patient l’exécute, le thérapeute est attentif aux comportements automatiques du patient et peut ensuite engager une discussion à ce sujet, pour permettre au patient de prendre conscience de ses croyances et des réflexes associés. Le thérapeute pro-pose ensuite de répéter l’expérience en suggérant des stratégies pour limiter les comportements protecteurs issus de croyances erronées, en suivant une progression douce afin de ne pas provoquer une expérience négative pour le patient.

La finalité de cette approche est d’amener le patient à ajuster ses croyances et réponses émotionnelles pour donner du sens à son expérience douloureuse. L’adaptation des croyances devrait également progressivement mener la personne vers des changements de comportements. Dans ce sens, le thérapeute doit avoir à cœur d’encourager et de soutenir le patient à intégrer dès le départ de nouvelles stratégies dans sa vie quotidienne, à percevoir et à répondre à l’expérience douloureuse différemment (Figure 1).

Certains éléments rendent encore ce type d’approche difficile en physiothérapie. On retrouve notamment les croyances chez les thérapeutes eux-mêmes ou des croyances contradictoires entre différents professionnels de la santé, des attentes du patient, des contraintes liées au temps de traitement ou encore du sentiment de compétence de la part des thérapeutes.

Conclusion

Les croyances que les patients ont au sujet de la douleur jouent un rôle capital dans l’évolution et l’impact de celle-ci et doivent donc être abordées et ajustées. Pour se faire, les thérapeutes doivent s’interroger tout d’abord sur leurs propres croyances et attitudes face à la douleur. Pour amener progressivement le patient vers un changement de croyances et de comportements, ils doivent également adopter une communication centrée sur le patient et inviter le patient à découvrir de nouvelles manières de se mouvoir et de réagir à la douleur.

Commentaire personnel

Je pense qu’il est pertinent de nous questionner sur notre manière de concevoir les douleurs musculosquelettiques et de la présenter à nos patients. Cette approche critique permet selon moi de garder un esprit ouvert et d’accompagner le patient dans sa quête de sens face à une expérience douloureuse.