Nouvelles de la Covid19

N°3 - septembre 2020

Mains libres N°3 - septembre 2020

La réhabilitation: indispensable pour les survivants d’une COVID-19 sévère

Drs Simone GRÁCIO et Serdar KOÇER
Rev Med Suisse 2020 ; 16 : 1170

Résumé

Dans 80 % des cas, les personnes infectées par le virus SARS-CoV-2 sont paucisymptomatiques ou asymptomatiques, alors que 20 % présentent des symptômes graves motivent une hospitalisation.

Les survivants d’une forme sévère de la COVID-19 peuvent présenter des complications graves de cette infection virale, notamment sur les plans respiratoire et cardiovasculaire, ainsi que des insuffisances rénales et des troubles trophiques. Ces patients présentent également une asthénie et une fatigue importantes avec un déconditionnement à l’effort.

Plusieurs études ont déjà démontré le bénéfice d’une réhabilitation précoce après la phase aiguë, surtout chez les patients qui ont séjourné aux soins intensifs. Les auteurs présentent un programme de réhabilitation incluant une prise en charge interdisciplinaire avec des critères cliniques simples et reproductibles.

Le programme type de réhabilitation est appliqué pendant toute la durée de la phase d’hospitalisation qui s’étend sur une période de 3 à 6 semaines et qui comprend :

  • Surveillance des paramètres, soins corporels, traitement, 2-3 ×/j par l’équipe soignante

  • Physiothérapie individuelle 2 ×/j et réentraînement à l’effort 1 ×/j

  • Ergothérapie 2-5 ×/semaine

  • Logopédie jusqu’à 5 séances par semaine

  • Prise en charge neuropsychologique si troubles cognitifs

  • Prise en charge par psychologue 1 ×/semaine

  • Suivi diététique

  • Suivi par l’équipe de diabétologie et de soins de plaies

Cette rééducation doit être structurée en tenant compte des organes atteints et des déficits fonctionnels qui en découlent. L’utilisation d’échelles validées et reproductibles permettront de mieux comprendre l’évolution de ces patients et d’améliorer la prise en charge.

COVID-19 chez les personnes atteintes de diabète: comprendre les raisons de la péjoration de l’état de ces patients

APICELLA, M. et coll.
COVID-19 in people with diabetes : understanding the reasons for worse outcomes. Lancet Diabetes Endocrinol 2020 ; publication avancée en ligne le 17 juillet. doi.org/10.1016/ S2213-8587(20)30238-2.

Résumé

Depuis le début de l’épidémie de COVID-19 en Chine, l’attention s’est rapidement portée sur les personnes atteintes de diabète en raison du mauvais pronostic que représente cette pathologie en termes de mortalité mais aussi de morbidité chez les personnes infectées. Les premiers rapports portaient principalement sur les personnes atteintes de diabète de type 2, bien que des enquêtes récentes aient montré que les personnes atteintes de diabète de type 1 sont égale-ment exposées à un risque de graves complications lors de la COVID-19. La raison du mauvais pronostic chez les personnes atteintes de diabète est probablement multifactorielle, reflétant ainsi la nature syndromique du diabète. L’âge, le sexe, l’origine ethnique, les comorbidités telles que l’hyper-tension et les maladies cardiovasculaires, l’obésité et un état pro-inflammatoire et pro-coagulant sont autant de facteurs qui contribuent probablement au risque de complications plus sévères. Les agents hypoglycémiants et les traitements antiviraux peuvent moduler les risques, mais les limites de leur utilisation et les interactions potentielles avec les traitements de la COVID-19 doivent être soigneusement évaluées. Enfin, l’infection par le virus SARS-CoV-2 pourrait représenter un facteur d’aggravation pour les personnes atteintes de diabète, car il peut entraîner des complications métaboliques aiguës par des effets négatifs directs sur la fonction des cellules β. Ces effets sur la fonction des cellules β pour-raient également provoquer une acidocétose diabétique, une hyperglycémie lors de l’hospitalisation chez les personnes ayant des antécédents de diabète inconnus et, éventuelle-ment même, l’apparition de nouveaux cas de diabète.

Impossibilité du SRAS-CoV-2 à infecter ou à se reproduire chez les moustiques: un défi extrême

HUANG, Y.S., VANLANDINGHAM, D.L., BILYEU, A.N. et al.
SARS-CoV-2 failure to infect or replicate in mosquitoes : an extreme challenge. Sci Rep 10, 11915 (2020). https://doi.org/10.1038/s41598-020-68882-7

Résumé

Cette étude répond aux spéculations du public selon les-quelles le SRAS-CoV-2 pourrait être transmis à l’humain par les moustiques. L’Organisation Mondiale de la Santé a pour-tant déclaré : « À ce jour, aucune information ni preuve ne permet de penser que le nouveau coronavirus pourrait être transmis par les moustiques ». Cet article propose les premières données expérimentales permettant d’étudier la capacité du SRAS-CoV-2 à infecter et à être transmis à l’humain par les moustiques. Trois espèces de moustiques largement répandues, Aedes aegypti (moustique responsable de la transmission de la dengue, de l’infection à virus Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune), Aedes albopictus (le moustique Tigre, également potentiellement responsable de la transmission de la dengue, de l’infection à virus Zika, du chikungunya) et Culex quinquefasciatus (moustique vecteur de la fièvre du Nil, de l’encéphalite de Saint Louis, du paludisme aviaire), représentant les deux genres les plus importants de vecteurs d’arbovirus qui infectent les personnes, ont été testées. Cette étude a démontré que, compte tenu de l’absence de virus infectieux détectable dans aucun des 277 échantillons prélevés à tout moment au-delà des 24 heures suivant l’inoculation, que le SRAS-CoV-2 est incapable de se répliquer chez les moustiques et que même si un moustique se nourrissait du sang d’une personne porteuse du virus, il ne serait pas, ensuite, un vecteur de propagation et ne pourrait pas infecter un nouvel hôte virémique.

La distanciation sociale modifie l’évolution clinique de la COVID-19 chez les jeunes adultes: une étude de cohorte comparative

Michel BIELECKI, Roland ZÜST, Denise SIEGRIST, Daniele MEYERHOFER, Giovanni Andrea Gerardo CRAMERI, Zeno Giovanni STANGA, Andreas STETTBACHER, Thomas Werner BUEHRER, Jeremy Werner DEUEL
Social distancing alters the clinical course of COVID-19 in young adults : A comparative cohort study, Clinical Infectious Diseases, ciaa889,
https://doi.org/10.1093/cid/ciaa889

Contexte

La distanciation sociale et une hygiène rigoureuse semblent efficaces pour réduire le nombre de particules virales trans-mises, et donc l’infectiosité de la COVID-19 et pourraient modifier le mode de transmission de la maladie. Cependant, on ne sait pas si de telles pratiques peuvent modifier l’évolution clinique chez les personnes infectées.

Méthodes

Cette étude a examiné de manière prospective l’épidémie de COVID-19 au sein de l’armée Suisse, parmi une population de 508 soldats majoritairement masculins avec un âge médian de 21 ans. Le nombre d’infections due au SARS-CoV-2 a été suivi dans deux cohortes séparées dans l’espace dans la partie italophone de la Suisse (une caserne A de 144 personnes et deux casernes B et C de 354 personnes), présentant des caractéristiques de base presque identiques, avant et après la mise en place d’une stricte distanciation sociale. La caserne A n’abritait que des hommes et etait éloignée de 3 km des casernes B et C qui abritaient 12 % de femmes et connaissaient des activités dites mélangées (cuisine, espaces communs). Les deux cohortes étaient donc homo-gènes, mais isolées, au sein desquelles a pu être suivie la transmission du SARS-CoV-2, avec un respect manu militari des mesures de distanciation sociale mises en place (main-tien systématique d’une distance de 2 mètres entre les soldats (y compris lors des repas et de nuit) ; masque chirurgical systématique en cas d’impossibilité de respecter la distance de 2 mètres (ex : exercices militaire) ; désinfection des sanitaires 2 fois par jour ; quarantaine des casernes).

Résultats

Au 35e jour de l’étude (soit 26 jours après le début des mesures), des tests virologiques et sérologiques ont été effectués chez 363 soldats asymptomatiques résidant dans les 3 casernes. Dans la caserne A (isolée géographiquement des deux autres), 7 militaires (8,7 %) avaient une PCR positive pour le SARS-CoV-2 et 7 sujets une sérologie positive (un seul soldat était positif aux deux tests). Cela signifie que 15 % des soldats testés dans la caserne A avaient été infectés en dépit des mesures de protection et de l’absence d’infection, sans avoir jamais développé de symptômes. Ces taux ont été bien plus élevés dans les casernes B et C. Le pourcentage de soldats asymptomatiques ayant une PCR positive était, respectivement, de 20,6 et 37,2 % et le pourcentage de sérologies positives de 59,2 % et 66,7 %, respectivement.

À la fin de l’étude (J+54), 102 cas de COVID-19 symptomatiques (29 % de l’effectif ) ont été diagnostiqués dans les casernes B et C, contrairement à la caserne A dans laquelle aucun cas symptomatique n’a été diagnostiqué. À J+20, soit 11 jours après la mise en place des mesures de protection, des tests virologiques et sérologiques ont été effectués chez 23 soldats de la caserne A et se sont tous révélés négatifs.

Conclusions

La distanciation sociale peut non seulement ralentir la propagation du SRAS-CoV-2 dans une cohorte de jeunes adultes en bonne santé, mais aussi prévenir l’apparition de la COVID-19 tout en continuant à induire une réponse immunitaire et à coloniser les voies nasales. L’inoculum viral au cours de l’infection ou le mode de transmission peuvent être des facteurs clés déterminant l’évolution clinique de la COVID-19.